jeudi, 29 mars 2012

Le frivole et le sérieux en politique selon Pierre Falardeau

samedi, 11 février 2012

Contre la pensée unique


Claude Hagège : "Contre la pensée unique" par FranceInfo

Claude Hagège dénonce la suprématie de l'anglais qui véhicule une pensée fondée sur l'argent.

lundi, 19 décembre 2011

Éloge des frontières

arton7947-55472.jpgÀ l’heure du nomadisme numérique et du "mainstream "culturel, du patchwork artistique et de la pensée kitsch, du transnationalisme vert et du tourisme humanitaire, de la finance planétaire et de la consommation globalisée, Régis Debray invoque le Dieu Terme, cette divinité romaine de la frontière, démonisé par les mondialistes, les europhiles, les amoureux du trans, de l’alter et de l’inter, et tous ceux qui ne jurent que par le pacifisme messianique des citoyens du monde.

Il s’emploie à dédiaboliser les frontières et à démystifier l’idéologie sans-frontiériste pour mieux critiquer les effets toxiques de la mondialisation libérale. Dans son dernier livre, L’éloge des frontières, en réactionnaire frondeur, il invite même à penser à contre-courant et exhorte le lecteur à défendre un « devoir de frontière ».

Les maladies de peau du monde global

La peur a donc changé de camp. Hier, c’était le vide des espaces infinis qui suscitait l’effroi.

Aujourd’hui, au contraire, l’informe « borderless world » rassure et ce sont les bornes de démarcation qui angoissent. Ce renversement de paradigme inquiète Régis Debray qui constate que la ghettoïsation, le communautarisme ethnique, l’intégrisme religieux, le narcissisme local du chauvinisme, la désacralisation des valeurs républicaines et religieuses, mais aussi le pessimisme ambiant, l’incivilité, l’indécence, résultent directement d’un déficit de frontière et non pas d’un excès, comme l’idéologie sans-frontiériste tend à le faire croire.

Sous la plume de Debray, le dogme d’un monde sans frontière nécessairement bon se fissure. L’abolition des frontières a pour conséquence paradoxale la création de lignes de fractures sociales et culturelles qui ébranlent la cohésion nationale. C’est « le retour du refoulé », « la société de l’apartheid » au sein du monde global, le cloisonnement du mur qui isole dans la fusion de la Tour de Babel qui englobe. « Les intégrismes religieux sont les maladies de peau du monde global où les cultures sont à touche-touche. ». Debray tire la sonnette d’alarme : mondialisme et communautarisme ne sont pas concomitants mais corollaires.

Plongée dans un tohu-bohu informel, l’époque postmoderne vit à rebours de la création divine. Au nom du droit à la différence, la confusion des genres, des sphères et des âges a obtenu gain de cause. Bilan de cet inquiétant imbroglio : désorientation, désenchantement, désaffiliation et fractures haineuses.

Alors Debray se fiche pas mal de susciter les crispations des apôtres de la France multiculturelle pour qui réhabiliter la frontière équivaut à une régression fasciste et xénophobe du progressisme libertaire. Debray persiste et signe. Il est urgent de retracer des lignes si on veut sortir de cette situation mortifère et éviter que le ciel nous tombe sur la tête.

Comment une population devient peuple

Loin d’être liberticide, la frontière est, au contraire, productrice, parce qu’elle permet la « mise en forme symbolique d’un chaos ». Debray ressuscite son pouvoir créateur. Certes, la frontière coupe et sépare, mais c’est pour mieux faire émerger la singularité dans un ensemble informel.

Debray fait ainsi de la frontière « l’opération par laquelle une population se mue en peuple ».

De même que la vie commence par la coupure du cordon, un peuple se forme en se séparant. La frontière le délimite non pas pour l’enfermer, mais pour poser sa différence dans l’indifférencié du monde global. Sans ligne de démarcation qui sépare le dedans du dehors, l’autorisé de l’interdit, le transcendant de l’immanent, le privé du public, pas de peuple possible.

On comprend alors que dans un espace mondialisé, où tout se vaut et donc plus rien ne se différencie où tout est délié et donc plus rien n’unit, les citoyens ne peuvent ni se reconnaître, ni s’approprier le territoire et encore moins faire le lien avec leurs compatriotes.

Un territoire qui se décompose en perdant tous les repères identitaires, historiques et relationnels ne peut satisfaire le besoin d’appartenance de ses habitants qui vont chercher dans le « marxisme, personnalisme, islamisme, bouddhisme, écologisme, etc. (…) un palliatif au déracinement ». Sans dehors qui délimite et qui structure, le dedans se vide de sa contenance et s’autodétruit parce qu’il ne fait plus sens et n’engendre que des passions tristes.

Sous l’angle de la frontière, Régis Debray pointe in fine les dangers de la mondialisation de la culture occidentale et de la dénationalisation du territoire, qui, privés de leur « estampille », ne sont plus capables d’insuffler le désir de faire société.

Finalement, n’a-t-on pas un peu trop vite oublié qu’on intègre ce qui se distingue ?


Les Matins- Régis Debray par franceculture

mardi, 13 décembre 2011

GEORGES ORWELL, Le socialisme contre la modernité?

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podcast

jeudi, 01 décembre 2011

Serge Ayoub et 3e Voie Québec aux fils de la liberté

serge-ayoub-2-300x194.jpgLa 52e émission des Fils de la liberté est maintenant disponible en baladodiffusion. Cette semaine: nous recevons en entrevue le militant nationaliste français et fondateur des Jeunesses nationalistes révolutionnaires Serge Ayoub, ainsi que les représentants de Troisième Voie Québec, Kristelle Bédard et Benoit Arcand.

L’émission a été enregistrée lundi le 28 novembre 2011

lundi, 24 octobre 2011

SURVIVRE À L'EFFONDREMENT ÉCONOMIQUE

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podcast


mardi, 11 octobre 2011

Vivement la Démocratie Directe à outrance!

Entretien avec Yvan Blot sur la démocratie directe et ses nombreux avantages.


Franck ABED reçoit Yvan BLOT par GENERATIONFA

vendredi, 07 octobre 2011

Le complexe d'Orphée - La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès

1952141003.jpgLes éditions Climats viennent de publier le dernier essai de Jean-Claude Michéa intitulé Le complexe d'Orphée - La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès. Au cours des dix dernières années, Jean-Claude Michéa est devenu un des critiques du système les plus radicaux et les plus talentueux, dont les livres font date. Ses analyses à la fois subtiles et percutantes sont servies par un style d'une grande clarté. Une lecture indispensable !

"Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du "Progrès" sans jamais pouvoir s'autoriser le moindre regard en arrière.
Voudrait-il enfreindre ce tabou - "c'était mieux avant" - qu'il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d'extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n'être plus que l'expression d'un impardonnable "populisme". C'est que Gauche et Droite ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l'homme un égoïste par nature.
La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l'expression d'une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause. Comment s'est opérée cette, double césure morale et politique ? Comment la gauche a-t-elle abandonné l'ambition d'une société décente qui était celle des premiers socialistes ? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste ? Voici quelques-unes des questions qu'explore Jean-Claude Michéa dans cet essai scintillant, nourri d'histoire, d'anthropologie et de philosophie."

vendredi, 30 septembre 2011

David L'Epée s'entretien avec Alain de Benoist

Entretien avec Alain de Benoist 1/2 par davidlepee

1) Alain de Benoist : penseur de gauche ou de droite ?
2) Qu'est-ce que la Nouvelle Droite ?
3) Les médias et l'étiquette de droite
4) Une évolution intellectuelle de la droite vers la gauche ?
5) L'intellectuel engagé face au militant de parti
6) Quête de vérité et recherche d'efficacité
7) L'élite et le peuple
8) Gramsci et la méthode du combat culturel
9) Une droite allergique aux intellectuels
10) L'Europe fédéraliste des peuples : contre l'Union européenne et contre les nationalismes
11) Quelle alternative à la technocratie européiste ?
12) Un exemple de résistance à l'européisme : la Suisse
13) La géopolitique des blocs pour un monde multipolaire.


Entretien avec Alain de Benoist 2/2 par davidlepee

1) Le péril américain
2) Peut-on parler d'une islamisation de l'Europe ?
3) Le progrès, la mondialisation et le sens de l'histoire
4) Quel avenir pour la globalisation ?
5) L'écologie : à la fois conservatrice et révolutionnaire
6) La décroissance : une chasse gardée de l'extrême gauche ?
7) Considérations sur quelques esprits libres d'hier et d'aujourd'hui
8) Quel mode de vie pour un penseur dissident ?
9) S'instruire et écrire : une question d'organisation et de discipline.

mardi, 27 septembre 2011

Survivre à l'effondrement économique - Les fils de la liberté s'entretiennent avec Piero San Giorgio

Émission spéciale cette semaine: nous passons en entrevue le nationaliste suisse Piero San Giorgio, auteur du nouveau livre Survivre à l’effondrement économique. Nous discutons du contenu de son livre, des raisons derrière l’inévitable effondrement économique mondial ainsi que du modèle démocratique en Suisse.


Entrevue avec Piero San Giorgio, auteur de... par lesfilsdelaliberte

mercredi, 29 juin 2011

Rencontre avec Serge Ayoub

Entretien avec Serge Ayoub (juin 2011) 1/3 par front_alternationaliste


Entretien avec Serge Ayoub (juin 2011) 2/3 par front_alternationaliste


Entretien avec Serge Ayoub (juin 2011) 3/3 par front_alternationaliste

 

jeudi, 02 juin 2011

Paradis fiscaux, souveraineté criminelle

Alain Deneault est docteur en philosophie de l’Université Paris VIII, chargé de cours et postdoctorant en sociologie à l’UQAM. Il sera avec nous pour questionner le pouvoir grandissant que détiennent les paradis fiscaux dans l’économie contemporaine. Son livre Offshore : paradis fiscaux et souveraineté criminelle est le premier livre québécois qui vise à circonscrire l’objet nébuleux qu’est l’offshore et qui permet de comprendre toute la puissance que ces entités ont amassée en faisant fi des règles des sociétés démocratiques. Nous profiterons également de sa présence pour tenter de faire le pont entre la sociologie des paradis fiscaux et la philosophie de l’argent de Georg Simmel en parlant de la traduction qu’il a fait du livre L’argent dans la culture moderne et autres essais sur l’économie de la vie et en explorant la contribution qu’il a faite dans Georg Simmel et les sciences de la culture.

mercredi, 04 mai 2011

La question raciale - Michel Drac

Voici enfin une présentation vidéo du (selon moi) plus fascinant essai de Michel Drac. Posant la question raciale sur des bases solides, il nous démontre que le racisme et l'antiracisme ne sont que les deux faces de la même médaille, soit la justification de la domination capitaliste sur des bases autres que son propre rapport de force.


La question raciale par M.DRAC, Bistrot FLASH 1/2 par GENERATIONFA


La question raciale par M.DRAC, Bistrot FLASH 2/2 par GENERATIONFA

mercredi, 16 mars 2011

Méridien Zéro reçoit RÉBELLION

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podcast

dimanche, 06 février 2011

Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro

Vous trouverez ci-dessous le podcast de cet entretien accordé à Méridien Zéro par le grand théoricien politique russe Alexandre Guelievitch DOUGUINE (titulaire d'un double doctorat en science de l'histoire et en science politique, défenseur de l'Eurasisme). Cette émission, enregistrée le 10 janvier, était animée par messieurs PGL et Georges FELTIN-TRACOL que nous ne présentons plus.


Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro 1/6
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Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro 2/6
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Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro 3/6
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Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro 4/6
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Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro 5/6
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Alexandre Guelievitch Douguine chez Méridien Zéro 6/6
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vendredi, 14 janvier 2011

Entretien avec Georges Dumézil (1986)

Apostrophes consacré à l'historien des religions Georges Dumézil (1898-1986), entretien avec Bernard Pivot.

samedi, 18 décembre 2010

Entretien avec Hervé Juvin et actualités internationales

Entretien avec Hervé Juvin, économiste, pour son livre  “Le Renversement du monde – Politique de la crise” édition Le débat/Gallimard. Il est actuellement Président d’Eurogroup Institute, société qu’il a créée et vice-président du groupe Agipi et de la Société de Stratégie.
Hervé Juvin
a publié une dizaine d’ouvrages et de rapports, ainsi que des articles dans différents journaux, chroniqueur au journal Le Monde, rédacteur pour L’Expansion, l’AGEFI, AGIR et Enjeux/Les Echos. Il publie une chronique mensuelle sur la télévision en ligne : www.realpolitik.tv.

Si la crise qui frappe le monde entier est certes une crise bancaire et financière, c’est d’abord la première crise de l’unification planétaire, affirme Hervé Juvin, qui cherche à montrer les logiques, les intérêts et les passions à l’œuvre derrière le désordre des systèmes, des actions et des comportements. Le système occidental dominait le monde, mais c’en est fini. Il n’a plus le monopole du bien ni des certitudes. Nous vivons le renversement du monde. Cette crise le rend sensible avec acuité, si elle n’en est pas la cause : elle révèle que l’économie ne peut constituer le fondement, hors marché, des sociétés.

Actualité Européenne

durée 30mn

Analyse de Philippe Christele sur les informations Wikileaks – L’importance du Rafale.


Soucre : Les chroniques de la vieille europe

http://vieilleeurope.free.fr/

lundi, 13 décembre 2010

Diviser pour régner - Entretien avec Vincent Chapin

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mercredi, 10 novembre 2010

Entretien avec Serge Ayoub au sujet de 3ème voie suivie d'une conférence sur le syndicalisme

Entrevue de Serge Ayoub sur Troisième Voie (novembre 2010) from zentropa on Vimeo.

 

lundi, 04 octobre 2010

Sur l'économie de l'hypermatériel et du psychopouvoir

 


Bernard Stiegler : crise du désir 1/2
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Bernard Stiegler : crise du désir 2/2
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jeudi, 05 août 2010

Sur le souverainisme français et le pouvoir de la langue


François Asselineau : Quitter l'UE 1/2
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François Asselineau : Quitter l'UE 2/2
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mardi, 20 avril 2010

Pour en finir avec l’économie-management à l’américaine

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podcast

Fondateur du groupe Humanisme et gestion et professeur titulaire à l’école des Hautes Études Commerciales de Montréal, Omar Aktouf n’en n’est pas à sa première publication critique sur le thème de la culture du management d’aujourd’hui.

Après La stratégie de l’autruche (Écosociété, 2002), le voilà qui récidive avec Halte au gâchis : En finir avec l’économie-management à l’américaine (Liber, 2008). Selon lui, la crise économique mondiale d’aujourd’hui n’est rien d’autre que le résultat d’un management déficient qui ne carbure qu’au rendement tout en restant aveugle des conséquences néfastes qui en découle.

mercredi, 13 janvier 2010

Entretien avec Michea sur Orwell

Orwell est en quelquesorte le père de la pensée antitotalitaire. Maintenant que l’antitotalitarisme est hégémonique et que, conjugué avec le règne sans partage du marché, il prétend accoucher de la fin de l’Histoire, n’est-il pas dépassé par ses idées devenues folles ? Autrement dit, Orwell n’est-il pas un penseur pour le XXe siècle ?

JC Michéa : Je ne partage pas du tout votre optimisme en ce qui concerne l’antitotalitarisme. En réalité, ce qui est devenu hégémonique, depuis le promotion médiatique des "nouveaux philosophes", c’est essentiellement l’usage libéral du concept de totalitarisme. Soit en d’autres termes, une version extrêmement appauvrie de la vieille doctrine "des droits de l’homme" (généralement réduite, pour les besoins de la cause, à l’improbable "lutte citoyenne" contre "toutes formes de discrimination") qui, en suggérant une image convenue de "l’empire du mal", a surtout servi à légitimer le repli massif du clergé intellectuel sur les dogmes fondateurs de l’"empire du moindre mal", politique et culturel. Or, ce qu’Orwell s’efforçait de saisir sous le terme alors naissant de "totalitarisme est autrement plus original et profond- on ne devrait d’ailleurs jamais oublier que ses théorisations n’ont pas été dans le tour d’ivoire d’un campus universitaire mais bel et bien à l’épreuve du feu, c’est à dire à partir de l’expérience directe, dans le Barcelone de 1937, du stalinisme réellement existant et de la terrible chasse à l’homme dont lui-même et ses camarades du Poum ont fait l’objet dès leur retour du front d’Aragon.

Au-delà des mécanismes classiques de la terreur policière, il a en effet très vite compris qu’aucune organisation totalitaire ne pourrait durablement fonctionner sans le développement d’un nouveau type d’"intellectuels" ( il incluait sous ce nom, à la suite de James Burnham, tout ceux qui sont préposés à l’encadrement technique, managérial, et culturel du capitalisme avancé) et de sa pratique spécifique : l’idéologie. Non pas au sens marxiste du terme (un discours qui rationalise inconsciemment des intérêts de classe) et encore moins au sens libéral (toute espèce de conviction morale ou philosophique visant à exercer ses effets au-delà de la sphère privée). Mais au sens d’un régime mental inédit (du moins à cette échelle), plongeant ses racines das l’amour du pouvoir, et de nature à induire les zélés pratiquants une anesthésie générale du sens moral.

La victoire de l’idéologie serait donc la défaite de l’éthique ?

Pas seulement de l’éthique. Pour Orwell, cette insensibilité morale à d’autres conséquences : d’une part un aveuglement stupéfiant à la réalité ("il ment comme un témoin oculaire", aimaient à plaisanter les Soviétiques), de l’autre, la perte de tout sens esthétique et de tout sentiment de la langue écrite et parlée. Si la "LTI" de Victor Klemperer représente de ce point de vue, le penchant national-socialiste du "duckspeak" stalinien, il est cependant intéressant de notre qu’Orwell décelait certains prémices de cette corruption moderne du langage dans le jargon des "experts" et des journalistes de son époque. Or non seulement, comme chacun peut le constater, ce nouveau type humain à survécu sans dommage à la Chute du Mur de Berlin, mais il devrait être évident, à l’ère du "politiquement correct", de la consommation dirigée et du nouveau "management" capitaliste, qu’il se porte comme un charme, au point d’avoir été cloné de façon industrielle. C’est là, du reste, un phénomène qu’Orwell avait clairement anticipé : "D’après tout ce que je sais, écrivait-il ainsi en 1945, il se peut que, lorsque La Ferme des Animaux sera publiée, mon jugement sur l’Union Soviétique soit devenu l’opinion généralement admise. Mais à cela servirait-il ? Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment."

Etes-vous si sûr que l’orthodoxie antitotalitaire d’aujourd’hui ne constitue nullement un progrès par rapport à celle d’hier ?

Il faudrait, encore une fois, s’interroger sur la solidité réelle de cette supposée "hégémonie" du discours "antitotalitaire". Si l’analyse d’Orwell est juste, il est tout à fait possible, au contraire, que le retour inévitable (selon la loi des cycles idéologiques) d’un certain degré de critique anticapitaliste s’accompagne de nouveau d’une remise en question du concept de "totalitarisme", - conformément au principe particulièrement stupide que veut que les ennemis de nos ennemis soient nécessairement nos amis ( l’"islamophobie" pourrait, dans cette hypothèse, constituer l’un des substituts les plus présentables du vieil "antisoviétisme primaire"). Si tel était cas, il faudrait alors conclure que nos élites intellectuelles_ à l’image de ces émigrés retrouvant leurs privilèges après la chute de l’Empire- n’auraient rien appris ni rien oublié. Tel est souvent le prix à payer- remarquait d’ailleurs Orwell- pour le rêve d’une société "dans laquelle ce serait enfi l’intellectuel qui tiendrait le fouet".

Je ne voudrais pas vous peiner, mais Orwell ne nous apprend-il pas qu’il faut préférer le moindre mal au mal tout court, comme le montre son patriotisme résolu pendant la guerre ?

Vers la fin de sa vie, Orwell a effectivement écrit dans l’un de ses carnets d’hôpital, qu’en politique "il ne s’agit jamais que de choisir le moindre des deux maux". Mais c’est uniquement parce qu’il faisait alors allusion à son positionnement personnel durant la Seconde Guerre mondiale, et donc à ces situations historiques extrêmes "auxquelles on ne peut trouver d’issue qu’en se comportant en forcené ou en dément", -tout en ajoutant que, même dans de telles situations, "il faut réussir à maintenir inviolée une par de soi-même". On est donc très loin du discours tenu par les libéraux. Pour ces derniers, en effet, ce qui a toujours fondé leur appel à une politique du moindre mal, ce n’est pas tant l’existence toujours possible de tels situations historiques (et l’époque des guerres civiles de religion en était assurément une), c’est plus fondamentalement, la nature même de l’homme, dont il faudrait toujours attendre le pire, pour peu qu’il refuse d’écouter la seule voix de son intérêt bien compris. Une telle hypopthèse métaphysique est évidemment aux antipodes des idées d’Orwell sur la "décence" naturelle des travailleurs et des simples gens, telle qu’il l’avait découverte à Wigan et sur le front espagnol.

Le péché philosophique originel des libéraux c’est, en somme, d’avoir transformé en vérité anthropologique universelle ce qui n’était éventuellement que la vérité provisoire d’une situation particulière ; oubliant du même coup que, si l’homme est de toute évidence capable du pire, il est tout autant capable du meilleur, dès lors que les circonstances et le contexte ne s’y opposent pas radicalement. Et le socialisme d’Orwell (la "société décente") reposait justement sur cette conviction profonde qu’il était encore possible d’édifier un contexte politique, social et culturel d’encourager en permanence les individus à donner, autant qu’il est possible, le meilleur d’eux-mêmes. On peut certes trouver utopique une telle société. Mais il n’y aurait aucun sens à présenter celle-ci comme un "moindre mal".

Orwell établit une distinction entre la gauche et le socialisme. Et vous avez fort bien montré comment la gauche, par sa naissance même comme partu du mouvement, était logiquement devenue la meilleure alliée du capitalisme (ce qui signifie d’ailleurs qu’il n’y a plus de grande différence entre elle et la droite et que donc ces catégories ne sont guère utiles). Etes-vous, avec Orwell, le défenseur d’une gauche non moderne ou d’un socialisme conservateur, bref d’un anarchisme tory ? Ne sont-ce pas des oxymores ?

Ce ne sont que des oxymores qu’à l’intérieur du dispositif idéologique légué par les courants dominants de la philosophie des Lumières (il faut donc en exclure cette tradition du républicanisme "néoromain" dont Orwell- Bernard Crick l’a souligné-était souvent assez proche). Pour les élites intellectuelles du XVIIIe siècle, en effet, il s’agissait avant tout de tracer une ligne de démarcation infranchissable entre les partisans du "Progrès" et de la "Raison" (ce que l’on appellerait bientôt la "Modernité") et les tenants d’un passé ténébreux, que les progressistes les plus radicaux assimilaient en bloc à l’absurde système "féodal" et à son cortège de superstitions populaires, de coutumes ridicules et de préjugés inacceptables. L’ambiguïté d’un tel dispositif- dans lequel Engels voyait le "règne idéalisé de la bourgeoisie"- saute immédiatement aux yeux. D’une part, il a conduit à ancrer le libéralisme- moteur principal de la philosophie des Lumières- dans le camp des "forces de progrès" (on sait d’ailleurs que Constant, Bastiat et Tocqueville siégeaient à gauche, voire à l’extrême gauche du Parlement). De l’autre, il a contribué à rendre d’avance illisible la critique socialiste originelle, puisque celle-ci allait précisément naître d’une révolte contre l’inhumanité de l’industrialisation libérale et l’injustice de son droit abstrait. Ce qui explique au passage, qu’un Marx- à la différence d’une Marie-George Buffet ou d’un Olivier Besancenot- n’aurait jamais songé à se revendiquer de la gauche : comme la plupart des socialistes de son temps, il défendait encore la précieuse indépendance du mouvement des travailleurs, tant à l’égard de la droite monarchiste qu’à celui de la gauche libérale, quitte à appuyer parfois cette dernière pour des raisons purement tactiques et provisoires.

Y’aurait-il des accointances entre la révolution (le socialisme ?) et la réaction ?

Oui, si l’on tient aux schèmes idéologiques introduits par la "nouvelle philosophie". Mais cette atopie singulière du socialisme naissant ne signifie évidemment pas que ses partisans entendaient revenir au monde d’avant la Révolution. Ce qui est sûr, en revanche, c’est ce que leur dénonciation de ce dernier était infiniment plus subtile que celle des idéologues de gauche. Dans leurs critiques de l’Ancien Régime, ils prenaient en effet toujours soin de distinguer ce qui relevait du principe hiérarchique (un socialiste est par définition hostile à toute forme d’oligarchie, quand bien même elle se fonderait sur la prétention de certains à être "plus égaux que les autres") et ce qui relevait du principe "communautaire" (la Gemeinwesen de Marx) et de ses conditions morales et culturelles : un socialiste s’oppose par essence à ce qu’Engels appelait la "désagrégration de l’humanité en monades dont chacune a un principe de vie particulier". Pour les premiers socialistes il était donc clair dans laquelle les individus n’auraient plus rien d’autre en commun que leur aptitude rationnelle à conclure les marchés intéressés ne pouvait pas constituer une communauté digne de ce nom- on remarquera, au passage, que la gauche contemporaine aurait presque fini par nous faire oublier l’étymologie même des mots de "communisme" et "socialisme".

Tout cela, naturellement, Orwell le sentait et le vivait de façon viscérale. Et c’est avant tout cet aspect du "passé" (celui qui fonde, en définitive, une grande partie du sens et du charme de l’existence humaine) qu’il désirait protéger et développer, jusqu’à en faire l’horizon nécessaire- ce n’est qu’un paradoxe apparent- de toute vie privée réussie. Et quitte, selon son habitude, à multiplier les provocations philosophiques destinées à éveiller les intellectuels de gauche de leur éternel sommeil dogmatique. C’est ainsi par exemple, qu’il confia un jour que, " ce dont avait besoin l’Angleterre, c’était de suivre le genre de politique prônée par le G.K’s Weekly de Chesterton : une forme d’anticapitalisme et de joyeuse Angleterre agraire et médiévale". C’est à coup sûr dans ce cadre précis qu’il convient d’interpréter sa dernière volonté d’être inhumé selon le rite anglican. Il ne croyait évidemment pas en Dieu, mais il n’en pensait pas moins que "le véritable problème était de trouver un moyen de restaurer l’attitude religieuse, tout en considérant que la mort est définitive". Non qu’à ses yeux le sens moral trouve son fondement réel dans la religion, mais simplement parce qu’il était convaincu- et bien des révoltes populaires lui donnent raison sur ce point- que la religion pouvait aussi fonctionner, à l’occasion, comme l’un des habillages culturels les plus efficaces de la common decency.

D’accord chez Orwell, l’expérience existentielle précède et domine l’élaboration théorique. Il ne part pas des idées mais des individus concrets et de leurs vies concrètes pour penser le monde commun. Mais justement, la common decency est une disposition personnelle plus qu’une construction collective. Le pari sur la persistance de cette disposition n’est-il pas un peu hasardeux- peut-être vivons-nous une mutation anthropologique qui consacrerait la victoire de l’individu rationnel des libéraux sur l’homme décent d’Orwell ? Est-il raisonnable aujourd’hui, aujourd’hui, de prétendre édifier la maison commune sur une moralité partagée ?

Orwell est incontestablement un moraliste, si l’on entend par ce mot celui qui- à l’image d’un Spinoza ou d’un Nietzsche- s’efforce en permanence de chercher l’homme derrière l’idée. Pour lui aucune société matérialiste n’était envisageable sans cette personnelle d’implication du sujet dans ses actes qui est le principe ultime de toute décence et de toute honnêteté intellectuelle ; et il est certain qu’au XXe siècle, peu d’intellectuels auront autant payé de leur personne pour essayer d’accorder leur vie à leurs idées (de là l’admiration que lui vouait, par exemple, un Henry Miller, pourtant si éloigné de ses convictions socialistes). Cette exigence morale est le fondement le plus stable du double combat qu’il a conduit en permanence contre l’indifferentisme moral des libéraux et contre "l’esprit réduit à l’état de gramophone" qui caractérise les intellectuels totalitaires. Cependant, il convient d’ajouter que la common decency - condition première de toute révolte authentique- ne représentait pour Orwell que le point de départ nécessaire d’une politique socialiste. Il faut certes "s’appuyer sur elle", écrivait-il, mais aussi et surtout lui assurer "un développement infini" sous peine de se retrouver piéger, d’une manière ou d’une autre, dans l’autre, dans l’univers délétère du "communautarisme" et du nationalisme. Rappelons qu’Orwell, à la différence des intellectuels de gauche d’aujourd’hui, savait parfaitement distinguer ce dernier de l’attachement ce dernier de l’attachement à son pays natal et du dévouement patriotique. Ce qui est ici en jeu, c’est donc une fois de plus l’éternelle dialectique du particulier et de l’universel : en ce sens, toute théorisation socialiste doit quelquechose à Engels, même si Orwell, en bon anglais, manifestait une solide indifférence pour l’oeuvre de celui-ci.

En somme, la cité d’Orwell se construit non pas sur l’ablation des singularités concrètes mais à partir d’elles ?

C’est non seulement l’idée-clé de toute sa politique, mais c’est aussi, selon moi, ce qui en fait toujours l’intérêt et la force. Comme le prouve, en effet, l’expérience de toutes grandes révoltes populaires (mais aussi bien l’histoire de l’art), c’est toujours à partir d’une tradition culturelle particulière qu’il apparait possible d’accéder à des valeurs véritablement universelles, c’est à dire à des valeurs susceptibles de parler à tous. Celles-ci ne peuvent jamais constituer un point de départ acquis d’avance, et dont la condition première serait la ruine de tous les enracinements particuliers- un peu comme si, par exemple, l’amour des langues étrangères ne pouvait surgir que de l’indifférence au génie de la sienne propre. Elles se présentent toujours, au contraire, comme l’aboutissement d’un dur labeur historique- nourri, entre autres, de l’expérience des situations affrontées en commun- et qui doit finir par dégager tout ce qui, à l’intérieur d’une tradition culturelle donnée, se révèle effectivement universalisable, et donc d’être repris (moyennant un travail complexe de traduction) dans la culture universelle de l’humanité. Il ne fait aucun doute qu’Orwell aurait beaucoup apprécié la définition de l’écrivain portugais Miguel Torga : "L’universel, c’est la local moins les murs". Aux antipodes des catéchismes modernes, elle permet en effet de distinguer une fois pour toute l’humanisme véritable ( horizon de tout projet socialiste) de cette présente uniformisation touristique et marchande de la planète pour laquelle Orwell éprouvait à juste titre une sainte horreur.

Dans le fond, aspire à une société d’adultes capables d’intégrer à leurs désirs l’existence de l’autre et d’accepter des limites. Il semble qu’ajourd’hui la plupart des gens souhaitent au contraire jouir d’une enfance éternelle. Si Orwell a quelquechose à dire, reste-il quelqu’un pour l’entendre ?

Il est assez facile de faire tenir ensemble la dénonciation orwellienne de l’égoisme libéral et ces appels réitérés à une vie adulte et responsable (ces appels l’avaient d’ailleurs conduit à réviser en partie son jugement sur Kipling). " Dans leur grande masse, écrivait-il, les hommes ne sont pas à proprement parler égoiste. Arrivés à l’âge de 30 ans ils abandonnent leurs ambitions personnelles essentiellement pour les autres". Cette observation pertinente ( quoiqu’on pense de l’âge retenu) invite à conclure qu’égoisme et immaturité vont necessairement de pair, que le premier n’a rien de naturel- contrairement à ce qu’imagine les libéraux- et que chez un adulte il ne représente généralement que le solde non-réglé d’une histoire d’enfance. Une telle conviction explique sans doute qu’on ne trouve aucune trace chez Orwell d’un quelconque culte politique de la jeunesse en tant que tel ( à travers l’exemple de la "Ligue antisexe", dans 1984, il souligne même le rôle sinistre qu’elle a pu jouer dans l’embrigadement totalitaire). Mais elle a en outre l’avantage d’éclairer un aspect majeur du développement des sociétés capitalistes contemporaines. En présentant comme une construction "idéologique" arbitraire toute référence à une autorité symbolique- c’est à dire tout montage normatif qui ne serait pas celui du marché ou du droit- , les libéraux ont en effet ouvert la voie à une bien étrange confusion : celle qui tend désormais à assimiler toute défense de la fonction paternelle à une simple réhabilitation masquée de la vieille domination masculine et patriarcale ( effectivement incompatible avec l’idée d’égalité).

Or il demeure toujours vrai que l’éducation d’un être humain suppose nécessairement l’intervention d’un "tiers" (quelquesoit le sujet appelé à occuper cette place) dont le rôle symbolique est de permettre cette prise de distance vitale avec la mère sans laquelle aucun sujet humain ne pourrait "grandir" ni donc accéder à l’autonomie véritable et à la maturité. En invitant à jeter le "père" avec l’eau du bain, l’idéologie libérale (comme l’éducation qu’il lui est associée) a donc certainement remporté l’une de ses victoires politiques les plus éclatantes- et l’on sait, malheureusement, le rôle décisif que la culture de gauche a joué dans cette victoire. Elle a en effet rendu plausible, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’avènement d’un monde dans lequel - la volonté de toute-puissance infantile n’ayant pu rencontrer ses limites indispensables- la maturité serait enfin devenue l’idéal inaccessible (et, du reste, privé de sens) et l’égoisme, la loi du grand nombre y compris après 30 ans. L’avènement d’un monde, en d’autres termes, dans lequel le capitalisme se trouverait théoriquement en mesure de reproduire à l’infini (mais à quel prix ?) le nouveau type anthropologique- un narcisse égoiste dominé par sa volonté de puissance qui est la clé ultime de tous ces montages métaphysiques.

Certes, nous sommes encore assurément très loin d’un tel monde, à supposer même qu’il puisse tout simplement fonctionner. Mais, s’il est vrai, comme l’écrivait George Trow, que, " lorsqu’il n’y a plus d’adultes, commence le règne des experts", il existe déjà suffisamment de signes pour laisser présager qu’une mutation aussi inquiétante est bel et bien en cours dans l’un de ses rares accès de pessimisme (c’était, il est vrai, en 1939), Orwell avait écrit qu’il se pourrait un jour " qu’on créé une race d’hommes n’aspirant pas à la liberté, comme on pourrait créer une race de vache sans cornes". Souhaitons que, pour une fois au moins, il se soit vraiment trompé.

mercredi, 02 décembre 2009

Alain de Benoist sur l'avenir de la francophonie

92038portrait9.jpg1) Le discours officiel de la Francophonie accorde une grande importance à la préservation de la diversité culturelle. Une culture « préservée » est-elle encore en mesure de créer ? Ce discours constitue-t-il un support tacite à la folklorisation des cultures ?

Un support tacite, probablement pas. Mais le risque de folklorisation des cultures est incontestable. On le voit tous les jours : préservées comme des espèces menacées, les cultures se transforment rapidement en vestiges de musées ou en spectacles pour touristes. De même, la défense d’une langue ne saurait se borner à défendre un statu quo. Elle implique de faire en sorte que cette langue puisse se renouveler et faire jaillir à partir d’elle des créations nouvelles.

Mais encore faut-il avoir une idée précise de ce qu’est une langue. La plus grande erreur, qui est aussi la plus commune, consiste à croire que la langue n’est qu’un moyen de communication, neutre de surcroît, en sorte que toutes les langues seraient finalement équivalentes. Les traducteurs le savent bien : la langue véhicule aussi une vue-du-monde, et c’est l’une des raisons pour lesquelles une traduction « parfaite » est impossible. « Il n’y a pas de monde de pensée qui ne soit un monde de langage », affirmait très justement Walter Benjamin. Dans les Mémoires d’Adrien, Marguerite Yourcenar fait dire à son héros que les complexités de la langue permettent aussi de faire l’apprentissage des complexités du réel, ce qui me semble également très profond. Si le français cherche à s’imposer comme une simple langue de communication, son combat est perdu d’avance.

2) Il y a plus d’un an, 44 écrivains avaient signé un manifeste pour une littérature-monde en français dans lequel ils demandaient ni plus ni moins la mort de la Francophonie. Au même moment, des auteurs tels que le poète sénégalais Amadou Lamine Sall se sont élevés contre ce manifeste, mais en militant pour une Francophonie plus centrée sur la culture, plus au service des arts que de la politique. Que vous inspirent ces réactions contradictoires, voire opposées, sur le terme « Francophonie » et la réalité socio-culturelle que véhicule ce terme ?

Léopold Sédar Senghor a défini un jour la Francophonie comme l’« humanisme intégral qui se tisse autour de la Terre ». La formule est jolie, mais il faut bien reconnaître qu’elle ne veut pas dire grand-chose. Beaucoup d’équivoques tiennent au fait que, lorsqu’on parle de « Francophonie », on peut aussi bien lui donner un sens linguistique qu’un sens géographique, un sens institutionnel, voire un sens spirituel. La Francophonie, d’autre part, a toujours hésité (ou oscillé) entre la culture au service de la diplomatie et la diplomatie au service de la culture. Dire que la Francophonie doit d’abord centrée sur la culture, au lieu d’être au service de la politique, est à mon avis équivoque. Si l’on entend par là que la Francophonie ne doit pas se ramener à servir la politique d’un pays en particulier, je suis d’accord. De ce point de vue, bien des accusations portées dans le passé contre la France étaient tout à fait justifiées. En revanche, je ne crois pas que l’on puisse faire abstraction de la dimension politique de l’action culturelle et de la défense du français.

La Francophonie ne peut se contenter de veiller dans l’abstrait à la diffusion et à la préservation de la langue française, sans se préoccuper des conditions du moment. Qu’elle le veuille ou non, de par sa raison d’être, elle se trouve de nos jours engagée dans un combat, en l’occurrence un combat contre l’hégémonie mondiale de l’anglais. Et comme cette hégémonie pèse tout autant sur les autres langues que sur le français, la promotion de la Francophonie doit aller de pair avec la volonté d’affirmer la diversité des langues et des cultures. Le problème est qu’une telle entreprise exige précisément une volonté politique, qui fait aujourd’hui presque totalement défaut, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique. Le fameux discours prononcé par le général de Gaulle à Montréal en 1967, qui marquait la rupture française du consensus atlantique, était aussi à sa manière une affirmation forte en faveur du français.

Or, le fait est qu’en tant que langue internationale, le français recule aujourd’hui partout. Il recule dans les organisations internationales, et il recule dans chacun des pays où il était encore couramment pratiqué il y a deux ou trois générations. Au sein des institutions européennes, en dépit de la règle qui prescrit la traduction dans les langues de chaque Etat-membre des documents de travail de l’Union, et bien que la langue française soit officiellement reconnue comme l’une des neuf langues officielles, dans les faits c’est l’anglais qui est devenu la première langue usuelle. Un premier tournant avait été pris en 1973, avec l’adhésion de l’Angleterre. L’élargissement à l’Autriche, la Suède et la Finlande, en 1995, en a représenté un autre. Depuis 2001-2002, on a n’a cessé de constater de nouveaux reculs du français en Europe. La même érosion s’observe aux Nations-Unies, dans les multinationales, dans l’audiovisuel, les groupes multimédias, la production cinématographique, la chanson, etc. Ces reculs résultent de la progression de l’anglais et de l’évolution générale du monde, mais aussi de l’absence de volonté de mettre en œuvre une politique offensive dans ce domaine.

L’anglais est aujourd’hui la langue des transports internationaux, la langue des chercheurs scientifiques, la langue d’Internet. Dans l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise, il concurrence de plus en plus les langues nationales. Mais s’il s’impose aujourd’hui partout, c’est d’abord parce qu’il est la langue de la puissance dominante. Bien que mondialisation et américanisation ne soient pas nécessairement synonymes, dans les faits elles vont de pair. L’américanisation des jeunes générations est un fait désormais planétaire. De même que le dollar états-unien n’est pas seulement la monnaie des Etats-Unis, mais une unité de compte internationale, l’anglais n’est plus aujourd’hui seulement la langue des anglophones, mais la langue « véhiculaire » de la mondialisation. Il s’agit d’ailleurs moins de l’anglais au sens propre que d’un sabir dérivé de l’anglais commercial, qu’on a parfois appelé « globish » (pour « global english »). L’extension de ce sabir progresse au même rythme que la mondialisation. Dans cette perspective, la diversité des langues et des cultures, comme celle des modes de vie spécifiques partagés, est l’un des « archaïsmes » qui font obstacle à la transformation de la planète entière en un vaste marché homogène. François de Closets, auteur d’un livre publié cette année sur l’orthographe, le remarquait récemment : « Les gens vraiment indifférents à la langue française sont les acteurs du système capitaliste mondial. Lequel est d’un certain point de vue un système barbare : il n’a aucun projet culturel. La culture l’embête, le français aussi. Les mots anglais sont plus commodes pour vendre ». L’idéologie de la mondialisation privilégie tout naturellement le « global » et conforte ceux qui utilisent l’anglais.

Je dirais qu’il existe, de ce point de vue, un parallélisme certain entre les alternatives politiques et linguistiques auxquelles nous sommes confrontés. Sur le plan politique, soit nous irons vers un monde multipolaire, où chaque pôle jouera un rôle régulateur par rapport à la globalisation, soit nous vivrons demain dans un monde unipolaire nécessairement dominé par l’hyperpuissance états-unienne. De même, sur le plan linguistique, soit nous parviendrons à maintenir la diversité des langues, tout en faisant en sorte qu’elles demeurent des langues vivantes, soit nous irons vers le « tout-anglais planétaire ». La francophonie, à mon avis, n’a de sens que pour autant qu’elle se veut le vecteur d’un monde multipolaire, axé sur l’équilibre linguistique et la diversité culturelle

3) L’expansion politique de la Francophonie se confirme depuis quelques années. Parallèlement à cet élargissement, la possibilité d’un rapport esthétique avec l’Autre s’avère de plus en plus fragilisée. Joseph Conrad est presque mis à l’index à cause de sa vision soi-disant raciste. Plusieurs intellectuels africains se sont livrés à une cabale contre Yambo Ouologuem qui, dans son roman « Le devoir de violence » (Prix Renaudot 1968), a montré une autre facette du passé de l’Afrique. Cette expansion politique peut-elle subsister longtemps sans qu’il y ait des ponts esthétiques ?

Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question. Les « ponts esthétiques » sont bien entendu nécessaires. Les cabales dont vous parlez me semblent surtout relever du « politiquement correct ». L’allergie à l’Autre, qu’on pourrait appeler altérophobie, peut prendre les formes les plus différentes. Soit des formes violentes, comme le racisme et la xénophobie, soit des formes plus subtiles, comme ces discours faussement généreux qui cherchent, à travers l’Autre, à retrouver le Même. Dans ce dernier cas, l’altérité est posée comme seulement apparente, secondaire ou superficielle, et le dialogue n’est plus conçu qu’à partir du support de la Mêmeté. Tout véritable rapport à l’Autre, et pas seulement dans le domaine esthétique, implique une reconnaissance pleine et entière de l’altérité.

4) Avant l’arrivée de Boutros Ghali, l’ancien président de la Francophonie, le Québécois Jean-Louis Roy militait pour un visa francophone parce qu’il pensait « qu’on ne peut pas faire une Francophonie en fermant les frontières des pays francophones aux francophones ni en les expulsant ». La France et le Cana s’y sont opposés. Quels sont à votre avis les vrais obstacles à l’établissement d’un tel visa ?

Je pense qu’il faut ici faire preuve d’un peu de réalisme. Il est évident que l’usage d’une même langue ne suffit pas à supprimer les différences de toutes natures qui existent entre les pays qui en font usage. Or, les Etats qui se réclament aujourd’hui de la Francophonie présentent une très grande diversité, aussi bien géographique que culturelle, sociale, économique et politique. L’Organisation internationale de la francophonie (OIF), héritière de l’Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF) fondée en 1995 et, plus lointainement, de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) créée le 20 mars 1970 à Niamey, compte aujourd’hui 56 Etats-membres et 15 Etats observateurs. Le français n’est guère parlé dans le monde par plus de 130 à 150 millions d’individus, mais la Francophonie, au sens le plus large, rassemble aujourd’hui 810 millions d’habitants, soit 12 % de la population mondiale. Considérer cette population (dont la France ne représente que 0,8 %) comme un ensemble homogène n’est qu’une vue de l’esprit.

Onésime Reclus, le premier auteur à parler de « francophonie », à la fin du XIXe siècle, fut aussi un chantre de l’impérialisme colonial. Aujourd’hui, certains semblent vouloir utiliser la Francophonie comme prétexte pour accélérer des dynamiques migratoires qui posent pourtant déjà de grands problèmes aux pays d’accueil. Cette conception très idéologisée – et aussi très utilitaire – de la Francophonie repose à mon sens sur une erreur d’interprétation fondamentale : la Francophonie n’a pas pour but de fournir plus de visas, mais de permettre à des pays souverains d’organiser tous ensemble la défense et la promotion de la langue qui leur est commune. Quant aux politiques d’immigration, elles reposent selon les pays sur des critères variés, dont la langue n’est qu’un élément parmi d’autres.


5) Les valeurs issues de la Révolution française imprègnent fortement le discours de la Francophonie. La notion d’« aristocratie de l’esprit » serait-elle jugée trop élitiste dans le cadre idéologique de la Francophonie ?


Il me semble qu’il peut y avoir une « aristocratie de l’esprit » – bien différente de celle des privilèges – dans tous les régimes, sinon à toutes les époques. Quant aux « valeurs issues de la Révolution française », il faudrait préciser. La Révolution française n’a pas été un bloc indissociable. On y trouve l’idéologie des Lumières et la philosophie de Rousseau, l’exaltation de l’Antiquité et le culte de l’« Etre suprême », la République « une et indivisible » et le génocide vendéen. Mais puisque nous parlons de Francophonie, il faut rappeler qu’à l’époque de la Révolution, la vaste majorité des habitants de la France ne parlaient pas le français ! D’où la campagne lancée à l’initiative de l’abbé Grégoire contre les « patois ». Aujourd’hui encore, quand il s’agit des langues régionales, l’Etat français se montre volontiers jacobin…

6) Le siège du Rwanda au sommet de la Francophonie qui a eu lieu à Québec était vide. Ce pays abandonne peu à peu la langue française et a déposé sa demande d’adhésion au Commonwealth. Les raisons de ce « virage linguistique » sont que Kigali attribue à la France une grande responsabilité quant au génocide. L’Algérie, deuxième pays francophone de par la taille démographique, n’y est pas représentée. Ses relations tendues avec la France ne sont un secret pour personne. Est-ce à dire que la France, au lieu d’être le centre de la Francophonie, est en fait un problème pour la Francophonie ?

Il est inévitable que la conjoncture politique pèse sur les relations entre Etats francophones. Le cas du Rwanda est particulier, pour ne pas dire marginal. L’Algérie n’appartient pas à l’OIF pour des raisons politiques et idéologiques liées au souvenir de la décolonisation, mais le président Abdelaziz Bouteflika a quand même accepté d’être l’invité spécial du 12e sommet de la Francophonie qui s’est tenu en octobre 2008 à Québec. Cela dit, je crois qu’il faut cesser de centrer la Francophonie sur la France. Le véritable amour du français, on le trouve tout aussi bien (et souvent beaucoup mieux exprimé) au Québec, en Wallonie, en Suisse romande, etc. Et c’est aussi bien souvent hors de France que le français évolue de la manière la plus vivante, tandis que dans l’Hexagone les formes classiques ont quasiment été figées depuis Malherbe.

Mais surtout, il faut réaliser qu’en France, la langue française se porte mal aujourd’hui, non seulement face à l’anglais, mais dans son usage de tous les jours. Les jeunes générations ne savent tout simplement plus l’orthographe, et ne s’en soucient pas. François de Closets, que j’ai déjà cité, remarque que « les enseignants en sont réduits à faire semblant de ne pas voir les fautes ». Nous sommes par ailleurs en train de sortir de l’« ère Gutenberg ». Dans le monde d’Internet, on lit de moins en moins (même si l’on publie des livres en toujours plus grand nombre) et l’écriture manuscrite est en train de disparaître. A l’école, le niveau baisse régulièrement depuis un quart de siècle pour ce qui est de la lecture et de l’écriture. Un rapport publié début 2009 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a révélé que près d’un quart des élèves de France se trouvaient en 2007 au niveau de compétence des 10 % d’élèves les plus faibles de 1987. Entre 2004 et 2007, la proportion de jeunes de 15 ans qui ne parviennent pas à lire normalement est passée de 15,2 à 21,7 %. Récemment, on a même simplifié ou supprimé les épreuves de culture générale dans les concours administratifs au motif qu’elles étaient « discriminantes ».

La situation n’est guère meilleure pour ce qui est du rayonnement culturel de la France et de la défense du français contre l’anglais. Lors du vote, en décembre 2008, de la loi de finances 2009 par l’Assemblée nationale, les députés français ont entériné des coupes de 20 à 30 % dans les budgets des 148 centres et instituts culturels français existant encore dans le monde. En France même, les différentes dispositions législatives adoptées pour défendre la langue française ont depuis bien longtemps cessé d’être appliquées. Des associations comme Avenir de la langue française (ALF) ou l’Association francophone d’amitié et de liaison (AFAL) dénoncent régulièrement, dans une indifférence presque totale, la désaffection croissante des autorités françaises envers l’emploi public de la langue française. Dans le même temps, les appels à céder à l’omniprésence de l’anglais se multiplient, au nom du « réalisme » et de l’« efficacité ». C’est au point que des voix s’élèvent régulièrement pour que l’anglais ne soit plus enseigné à l’école comme une langue étrangère, mais comme une matière fondamentale, au même titre que l’histoire, la géographie ou l’arithmétique. « L’anglais ne doit plus être considéré comme une langue étrangère », disait il n’y a encore pas si longtemps l’ancien ministre de la Recherche Claude Allègre. Certains auteurs, favorables au plurilinguisme, avaient proposé il y a déjà plusieurs années de faire de l’anglais la seconde langue obligatoire dans les écoles, ce qui libèrerait d’autres langues étrangères comme première langue, mais cette proposition n’a jamais été suivie d’effets. Cette démobilisation me paraît contraster avec les efforts déployés depuis longtemps par les Québécois pour défendre leur langue, aujourd’hui seule langue officielle au Québec. Si la France est incapable de veiller à l’usage de sa langue sur son propre territoire, on peut douter de sa capacité à en assurer la promotion dans le monde.

Alain de Benoist

Propos recueillis par Sacha Poitras et Paap Macodou

dimanche, 01 novembre 2009

Mathieu bock-côté sur le cours d’éthique et culture religieuse

Mathieu Bock-Côté et Joëlle Quérin sont tous les deux étudiants au doctorat en sociologie à l’UQAM. Pour eux, la contestation de l’implantation du cours d’éthique et de culture religieuse est loin d’être un événement isolé. Elle s’inscrit dans une crise sociale beaucoup plus large qui renvoie profondément à l’identité du Québec. Le fondement du rejet de ce nouveau programme qu’on observe à plusieurs endroits du Québec est issu d’un conflit de vision entre une vision populaire qui s’oppose à celle dont fait preuve une certaine élite, dite « multiculturaliste », qui a mis sur pied le cours en question.

En compagnie de Carl Bergeron et de Charles-Philippe Courtois, Mathieu Bock-Côté et Joëlle Quérin ont donc mis sur pieds un dossier critique dans la revue l’Action nationale sur l’implantation de ce cours obligatoire sans possibilité d’exemption dans toutes les écoles du Québec.